16 août 2006

Remettre les rouages en route

Le réveil a sonné trop tôt ce matin. J'avais oublié combien il fallait se lever plus tôt le mercredi. On dirait une ville au mois d'août. Je mets moins de temps pour arriver à l'hôpital. Il y a de la place pour se garer.

Je pensais trouver en arrivant la "femme de ménage" (à l'hôpital on dit l'ASH) et un café tout prêt à être bu, mais elle est encore en congés et ne reviendra que la semaine prochaine. Je trouve, en revanche, sa petite remplaçante d'été que je ne connais pas. Présentations brèves.

Arrive alors l'abruti... Je sais, ce n'est pas très gentil, mais c'est comme ça. C'est celui qui me trouve toujours belle. Je ne supporte pas sa mièvrerie. Il n'est pourtant pas vilain, le garçon, mais allez savoir pourquoi, je n'explique pas du tout la chose, mais je ne le supporte pas, c'est épidermique. Incompatibilité de caractère en ce qui me concerne. Je ne sais pas, c'est peut-être une question de signe. Je fais quand même un effort et lui demande comment se sont passés ses congés. En vérité, je m'en fiche totalement, mais il est le seul pour l'instant à être là.

Retour dans mon cercle de travail.

J'allume l'ordinateur, fait semblant de feuilleter quelques courriers faits en mon absence et qu'il va me falloir classer. Il faut se mettre au courant. Je m'arrête à la troisième lettre. Les rouages sont durs à remettre en route, il leur faut un peu d'huile (... du café !).

Et puis j'entends des clés qui cognent contre une porte de placard, l'infirmière arrive. On va pouvoir commencer à parler, parler de nos vacances d'abord, parler ensuite de ce qui s'est passé depuis trois semaines. Mais déjà les premiers patients arrivent, se succédent même, avec leurs angoisses. Le téléphone aussi se réveille. Les rouages de la machine se mettent en branle, le redémarrage est enclenché. Pas vraiment le temps de discuter davantage pour le moment. Il faut monter voir le travail qui attend.

Je trouve le patron dans son bureau, une cigarette à la main. Deux autres mégots sont écrasés dans le cendrier. Lui non plus n'a pas arrêté. Depuis combien de temps est-il là ? Il est plongé, ou perdu, je ne sais, dans les lignes d'un livre posé sous ses yeux. Un peu plus tard dans la journée je le surprendrai à nouveau dans cette même position, je ne suis pas sûre qu'il ait tourné les pages. Nous échangeons un sourire, une poignée de main, quelques mots. Comment va-t-il ? A-t-il pu partir quelques jours ? Oui, la Croatie était très belle. Il relève la tête, mais sa peine est encore là. Nous le savons tous.

Je redescend à mon poste. Cette fois les rouages tournent à leur rythme normal. Ils ne grincent pas. J'accueille au téléphone et derrière mon bureau les patients qui arrivent. Je laisse leur colère à ceux qui m'en font part, je peux l'accepter, elle ne m'atteindra pas aujourd'hui, je viens de reprendre le boulot. Le choc n'est pas violent, les choses se font en douceur. Ma collègue est arrivée.

J'en sais maintenant un peu plus sur ce qui s'est passé ces dernières semaines. Et puis, brusquement, le rouage se crispe quand, reparlant de son prochain départ en retraite, à la fin de cette année, elle m'annonce que la Direction n'a pas l'intention de la remplacer. QUOI !!!!

C'est absolument impossible. Ils ne se rendent pas compte. Nous étions quatre. Une est partie le mois dernier, mutée ailleurs pour raisons familiales. Une nouvelle l'a donc remplacée, complètement angoissée à la vue de la masse de travail qui l'attend, peu sûre d'elle, pas assez efficace malgré toute sa bonne volonté.

Une autre ne travaille qu'à 80 % pour pouvoir mieux se consacrer à sa vie de famille. Efficace certes, mais elle prend décidément les choses trop à coeur, elle n'a pas assez de détachement face aux humeurs mauvaises de certains médecins. Je la comprends, nous en parlons, il est vrai aussi que je n'ai pas le même contact qu'elle avec ces mêmes médecins.

La troisième, donc, attend avec impatience son départ en retraite prématurée. C'est son choix, je le respecte, mais pour moi c'est une angoisse de plus. C'est ma plus vieille collègue, une quinzaine d'années que nous travaillons ensemble. C'est avec elle que je préfère travailler pour son caractère, son charisme, la quantité et la qualité du travail qu'elle abat, ce même travail que je ne vois pas très bien comment nous allons pouvoir nous le partager alors même que nous sommes déjà chacune surchargées si jamais elle n'était pas remplacée.

La quatrième, c'est moi...

Notre équipe de quatre ne trouve, ne trouvait, son équilibre que quand nous étions toutes là. C'est à dire, en réalité, pas si souvent que cela, entre les récupérations, les vacances et autres congés maladie des unes ou des autres. Qu'allons nous devenir à deux et demi ? Le demi c'est pour la nouvelle qui a beaucoup de mal, ce n'est pas une critique à son égard, c'est la réalité. Cette idée est une nouvelle angoisse et j'ai très peur de ce qui m'attend en cette fin d'année.

Me voilà bel et bien remise dans l'ambiance !

Posté par mirae à 20:21 - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Remettre les rouages en route

    ah oui! je comprends ça...
    Je crois que ce sera surtout dur de "quitter" ta collègue avec laquelle tu étais habituée à travailler...

    Posté par Coumarine, 16 août 2006 à 21:07 | | Répondre
  • Et c'est peu de le dire ! J'ose à peine y penser mais la chose va arriver plus vite que je ne le crois.

    Posté par mirae, 16 août 2006 à 21:31 | | Répondre
  • Mais, Mirae, tu as déjà un boulot : c'est le principal.

    Posté par Olivier, 18 août 2006 à 00:33 | | Répondre
  • C'est vrai Olivier, rien que pour cette raison je ne devrais pas me plaindre

    Posté par mirae, 18 août 2006 à 19:11 | | Répondre
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